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Un orage à Mexico

Lecture performée, 7 minutes

Performance reading, 7 minutes

2019

Des boites d’allumettes, un texte, le noir complet. 

Les allumettes produisent la lumière nécessaire à la lecture du texte, elles donnent le rythme. Chaque craquement retentit dans le texte jusqu’a ce que l’énergie s’épuise.

Matchboxes, a script, pitch-dark. 

Matches provide the light required to read the text, they create the rhythm. Each crackling resonates in the text until the energy is used up.

  « La journée — comme toutes les autres depuis un mois, a commencé sous ce ciel blanc, éblouissant. La pollution s’est dissipée pour laisser place au soleil. Dur et chaud. Il semble avoir été directement posé sur ma peau et la recouvre. Je sens l’humidité monter dans l’air, une vapeur goudronneuse me donne la sensation d’être collant. Je regarde inlassablement ce torrent de voitures se déverser dans la ville, cela finit par m’apaiser. Le métro est une capsule en pleine implosion lancée à toute vitesse. Les fenêtres sont toutes mouillées de la chaleur de nos corps, de notre respiration ; la sueur glisse dans mon dos. Je prends une grande inspiration à chaque fois qu’une porte s’ouvre. 

    Je sors la tête de cet entassement de corps pour m’échapper. L’air me semble encore plus épais qu’à mon départ. Derrière les volcans se forment d’énormes nuages gris. Tels des rochers qui s’avancent doucement sur la ville, promettant — comme presque tous les jours — une pluie diluvienne. Personne ne semble les remarquer, comme si les fortes pluies étaient un phénomène inconnu. Le temps se charge d’électricité, les nuages sont hypnotisants dans leur mouvement latent. 

    Une goutte d’eau effleure ma joue. La chaleur retombe à la hâte. Je vois la pluie tracer des constellations au sol de plus en plus complexes, elles se brouillent rapidement pour se transformer en flaques. La précipitation générale affole la ville. Les enfants rient. La foudre crève le ciel devenu sombre. L’eau s’accumule, elle coule de plus en plus fortement dans les rues, les voitures édifient d’immenses vagues, les gens disparaissent. La nuit abat peu à peu sa cape mystérieuse, rendant la lumière encore plus tangible. Les décharges exaltent et passionnent ; une fissure, un choc.     

    Le potentiel électrique traverse le plasma : l’éclair se propage, à peine perceptible, puis le tonnerre surgit, explosant l’air échauffé. Les nuages sont des condensateurs et des générateurs, des machines irrationnelles surpuissantes. La glace, la vapeur et les gouttes entrent en collision tirées par la gravitation, elles sont en mouvement, captants les charges électriques invisibles et secrètes. 

    Le tonnerre résonne d’un craquement sec et immédiat, ses ondes me traversent.

   J’entends la masse vibrante retourner se cacher au loin dans le coeur des volcans. Il n’y a plus que les cordes de pluie qui occupent l’espace sonore. L’énergie se calme, emportée par les gouttes. Leurs accords bercent la ville, la plongeant dans un repos salvateur. Mes paupières glissent sur mes yeux, je m’endors. »

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