Le travail artistique que je construis s'articule autour des différents rapports que nous entretenons aux formes fugaces, transitoires ou vivantes.

   Les notions de technique, de paysage, de territoire et de cycle

sont inhérentes à mes préoccupations. Le caractère parfois éphémère et impondérable des œuvres se définit par la manipulation d’éléments tels que la lumière, l’eau, le feu ou l’électricité, mais aussi plus récemment par la manipulation de végétaux.

   Issu d'un milieu agricole, une partie de mon travail se passe à la ferme. Il se construit au rythme des saisons dans un rapport direct au territoire et aux questionnements qu’il soulève.

   Révélant le rythme et les fluctuations entre le visible et l’invisible, je cherche à tisser un lien entre la réalité fragile du monde qui nous entoure et la puissance poétique qui l’habite.

AG

 

   Le travail d'Arthur Guespin démontre une maturité esthétique et une force plastique et iconique impressionnantes, qu'il déploie sur une vaste quantité de médium : que cela soit la vidéo, le textile et ou la matière organique Guespin arrive toujours à créer des formes inédites et surprenantes. Sa relation avec les questionnements écologiques ne relève pas d'une infatuation récente, car elle a ses racines dans sa biographie : c'est pour cela que ses oeuvres témoignent d'un rapport ancien et pourtant enchanté avec les vivants non-humains. L'oeuvre qu'il propose pour le Prix Aparté est très réussie d'un point de vue technique comme esthétique. Elle permet aussi de donner à la fleur - que nous pensions connaître - un aspect flottant, magique, mystérieux et de questionner notre rapport à la vie végétale d'une façon très originale.

Emanuele Coccia

   Des plantes dans des éprouvettes, des câbles branchés dans des pommes de terre, ou encore des croquis de constructions énigmatiques, l'atelier d'Arthur Guespin s'apparente à un véritable laboratoire scientifique plus qu'à un atelier d'artiste ! Son travail est le fruit d’échanges permanents avec des artisans ou encore d’une collaboration étroite avec des chercheurs. Arthur Guespin s’inspire des figures de grands inventeurs tels que Nikolas Tesla et met en application ses découvertes sur l’énergie, le feu et la lumière dans ses oeuvres. Ainsi, Contact, est un éclair miniature, enfermé dans un écrin à bijoux. Contrairement au Lightning Field (1977) de Walter De Maria, chassant la foudre en plein air, Contact est un arc électrique reproduit à une échelle réduite : apprivoisé, l’éclair est désamorcé, voire ludique. Rendre visible des phénomènes habituellement éphémères et impalpables, comme ceux de l’énergie ou le magnétisme : tel est le défi de l’artiste. Dans l’esprit du Land Art et du bio-art, Arthur Guespin utilise les formes et les éléments naturels qui deviennent la matière principale de son travail plastique. L’intérêt de l’artiste pour l’énergie, le feu et la lumière rejoint dans son oeuvre une réflexion à la fois théorique et autobiographique. En 2019, le plasticien rédige un mémoire entremêlant l’histoire de l’agriculture et celle de son histoire familiale sur quatre générations d’agriculteurs. La vidéo À présent que les grandes forêts ont été transformées en bateaux semble témoigner de cette période charnière dans sa pratique artistique. Sous le regard impassible d’un drone agricole, la géométrie cachée des territoires se révèle en exposant au spectateur un paysage naturel façonné par l’homme. Difficilement reconnaissables, les champs et les plantations s'enchaînent en se métamorphosant au fil des saisons et des plans, telles des peintures abstraites. D’une vue aérienne à la racine des arbres, de l’abstraction à la réalité, la vidéo questionne notre rapport au territoire et à la terre. « En étant artiste, on est forcément témoin de son temps et du contexte dans lequel on travaille, qu’on le veuille ou non » confie le plasticien. Les concepts scientifiques, les phénomènes naturels ou le vivant dans l’espace d’exposition ne prennent pas seulement la forme d’installations-écosystèmes : Arthur Guespin perturbe la perception du spectateur en assumant l’artifice dans ses oeuvres. Ainsi, comme Contact, La pluie soude convoque un vocabulaire scientifique : les gouttes de pluie jaillissent du plafond et tombent sur les lampions enflammés en dansant quelques instants sur leur surface chaude avant de s’évaporer. Cette oeuvre montre bien le rapport de l’artiste à l’environnement qui l’entoure.

Nadia Jolivet